Concerts de Musique du Monde à Aix-en-Provence

Saison 2026-2027. Des moments inoubliables au cœur des plus beaux lieux patrimoniaux d'Aix-en-Provence.

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17 janvier 2027 à 17h

Les Sœurs de Byzance

"Voyage en Espagne médiévale" • Temple de l'Église Réformée Évangélique

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Les musiques du monde : le voyage commence par l'oreille

Il y a un moment, dans un concert de musique du monde, où quelque chose bascule. On écoutait une langue qu’on ne comprend pas, une échelle qui ne ressemble à rien de familier, un instrument dont on ignorait l’existence — et brusquement on est ému, sans savoir précisément par quoi. C’est peut-être la meilleure définition de ce répertoire : une musique qui contourne l’explication pour aller directement à l’essentiel.

Aux Notes d’Hiver, ces musiques ont une place évidente. Notre projet repose sur la rencontre : entre générations, entre parcours, entre professionnels et amateurs. Les musiques du monde ajoutent une dimension supplémentaire à cette idée, celle de la rencontre entre des cultures qui, contrairement à ce qu’on imagine souvent, n’ont jamais cessé de dialoguer.

Une étiquette récente pour des traditions très anciennes

L’expression « musique du monde » ne date que de la fin des années 1980. Elle naît d’une préoccupation très concrète : des maisons de disques indépendantes cherchaient un rayon commun où classer des enregistrements qui n’entraient dans aucune case existante. Le terme s’est imposé, il a permis à des répertoires magnifiques de circuler bien au-delà de leur aire d’origine, et il a fait connaître des musiciens qui seraient restés confidentiels.

Il faut cependant le prendre pour ce qu’il est : une commodité, pas une catégorie musicale. Ranger sous une même étiquette un chant polyphonique géorgien, un maqâm irakien et une samba brésilienne n’a pas plus de sens que de regrouper Bach et les Rolling Stones sous « musique occidentale ». Ce que ces répertoires partagent n’est pas un style, c’est une manière d’exister : une transmission souvent orale, un ancrage communautaire fort, et une conception de la musique comme pratique vivante plutôt que comme patrimoine à conserver.

La Méditerranée, un carrefour bien plus qu'une frontière

Nous avons pris l’habitude de voir la Méditerranée comme une ligne de séparation. Pendant des siècles, elle a été exactement l’inverse : une autoroute. Marchands, marins, pèlerins et musiciens la traversaient en permanence, et les instruments voyageaient avec eux.

Les traces en sont partout dans notre propre vocabulaire. Le luth européen vient du oud arabe — le mot lui-même est une déformation de al-‘ūd. Le rebec médiéval descend du rebab. La question de savoir dans quelle mesure la poésie des troubadours occitans doit à la poésie arabo-andalouse fait débat depuis longtemps chez les spécialistes, sans qu’aucun ne conteste que les deux mondes se soient fréquentés. Al-Andalus, la Sicile normande, Venise, Constantinople : ce sont autant de laboratoires où les répertoires se sont mélangés bien avant qu’on invente le mot métissage.

La Provence n’est pas spectatrice de cette histoire, elle en est un produit direct. Marseille a été fondée vers 600 avant notre ère par des Grecs venus de Phocée, sur la côte d’Asie Mineure. Aix elle-même naît d’une fondation romaine, en 122 avant notre ère. Autrement dit, ce territoire existe parce que des gens ont traversé la mer. Programmer ici des musiques venues de l’autre rive n’a rien d’un geste exotique : c’est un retour aux sources.

Des voix qui portent des mémoires

Le chant occupe une place centrale dans la plupart de ces traditions, et souvent il transporte une histoire collective. Les chants judéo-espagnols en ladino ont conservé pendant cinq siècles la langue des juifs expulsés d’Espagne en 1492. Le rebetiko grec s’est formé dans les quartiers du Pirée avec les réfugiés d’Asie Mineure des années 1920. Le cante jondo andalou, le fado portugais, les polyphonies corses, sardes, géorgiennes ou bulgares : chacune de ces musiques dit quelque chose d’un peuple, d’un exil, d’un travail, d’une foi.

C’est ce qui rend l’écoute si particulière. On n’entend pas seulement une belle mélodie, on entend une mémoire qui a trouvé le moyen de traverser le temps.

Des instruments qui racontent des trajets

Le oud, luth à manche court sans frettes, présent de l’Atlantique au Golfe. Le qanûn, cithare posée sur les genoux, avec ses dizaines de cordes et ses petits leviers pour ajuster les intervalles. Le ney, flûte de roseau taillée simplement, dont le souffle audible fait partie du son. Le santour persan frappé de baguettes légères. Le bouzouki et la lyra crétoise. La vielle à roue européenne, avec son propre bourdon. Le duduk arménien, taillé dans le bois d’abricotier, à la sonorité douce et voilée. La kora ouest-africaine, harpe-luth à vingt et une cordes.

Et une famille de percussions d’une variété impressionnante : darbouka, bendir, riq, daf, dont les techniques de frappe permettent d’obtenir sur une même peau une gamme de timbres que l’on n’imagine pas avant de les avoir vues jouer de près.

Bon à savoir

Questions fréquentes sur les musiques du monde

Quelques repères pour celles et ceux qui souhaitent en savoir un peu plus avant de venir.

L'expression s'est imposée dans les années 1980 pour désigner les répertoires traditionnels et populaires venus de toutes les aires culturelles, ainsi que les rencontres qu'ils suscitent entre eux. Elle recouvre donc des univers très différents : chants méditerranéens, musiques d'Orient, répertoires tsiganes, traditions d'Afrique ou d'Amérique latine. Ce n'est pas un style, mais une invitation au voyage.

Non. La voix porte l'émotion bien avant le sens : le timbre, l'ornementation, la respiration, la manière de tenir une note disent déjà l'essentiel. Beaucoup d'auditeurs découvrent d'ailleurs qu'ils sont bouleversés par un chant dont ils ne saisissent pas un mot. Les artistes présentent généralement les pièces et leur contexte avant de les interpréter.

Selon les répertoires : le oud, luth à manche court de tout le monde arabe et turc, la cithare qanûn, la flûte ney, le bouzouki et la lyra grecs, la vielle à roue européenne, la kora ouest-africaine. Et une famille de percussions très riche — darbouka, bendir, riq — qui donne à ces musiques leur pulsation caractéristique.

Un lien beaucoup plus étroit qu'on ne l'imagine. Les répertoires médiévaux d'Occident, les chants byzantins et les traditions orientales partagent la monodie, la modalité, l'ornementation et une transmission largement orale. Les frontières que nous traçons aujourd'hui entre « ancien » et « traditionnel » n'avaient aucun sens pour les musiciens qui circulaient autour de la Méditerranée.

Parce que la Provence est une terre de passages depuis l'Antiquité, ouverte sur une Méditerranée qui a toujours fait circuler les chants, les instruments et les répertoires. Entendre ces musiques dans un lieu patrimonial aixois, à quelques mètres des interprètes, rend ce dialogue immédiatement sensible : les pierres et les voix racontent la même histoire de circulation.

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